DU POSSIBLE USAGE DU 49.3 DANS LE CADRE DE LA LOI EL KHOMRI

Ces derniers temps, j’ai trouvé que la Loi El Khomri faisait moins parler d’elle. Même le mouvement social Nuit Debout qui, je vous le rappelle, a été créé pour manifester l’opposition populaire à l’adoption de cette loi semblait élargir son champ d’action et progressivement oublier son combat principal. Ce désintéressement médiatique, le gouvernement en a profité. En effet, il a organisé ce jour – soit le 10 mai 2016 – une réunion au cours de laquelle il envisage d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution qui stipule que « Le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du Gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent. Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. ». En somme, le gouvernement envisage de faire adopter la Loi Travail de Myriam El Khomri sans que celle-ci ne soit votée au préalable, mettant ainsi de côté les valeurs démocratiques au profit de ses idées.

Cette pratique est assez courante, puisqu’elle a été utilisée pas moins de quatre-vingt quatre fois depuis sa conception en 1958, mais elle n’a jamais fait autant parler d’elle qu’aujourd’hui. Ici, son utilisation choque parce qu’elle revient à nier l’importante opposition que génère la Loi Travail mais aussi parce que, au cours de sa carrière politique, François Hollande, actuellement Président de la République française, s’est toujours dit contre l’utilisation de cet article. Dans un discours de 2006, il va jusqu’à dire que « le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie, le 49.3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire », alors pourquoi y avoir recours aujourd’hui ?

Dans ce cas précis, on imagine que le gouvernement souhaite simplement mettre fin aux émeutes de plus en plus fréquentes qui ont lieu dans l’ensemble du territoire français, permettant ainsi une meilleure stabilité gouvernementale, ce qui peut avoir lieu à la simple menace d’utiliser le 49.3. En effet, il est fortement possible que cette menace ne soit qu’une façon de faire avancer le débat sur la loi El Khomri qui se prolonge depuis plusieurs mois, comme l’a fait le gouvernement Jean-Pierre Raffarin auparavant, ce qui est néanmoins nié par l’actuel Premier ministre, Manuel Valls. Dans le cas contraire, si la décision gouvernementale d’avoir recours au 49.3 arrive à son terme, il faut s’attendre à de multiples contestations populaires. Effectivement, il est assez probable qu’une pareille erreur politique soit l’élément déclencheur de nombreux mouvements populaires comme ceux prédits par les médias depuis le début des révoltes.

– Mise à jour du 10 mai 2016, 15h07 : en moins de quarante minutes de réanion, le conseil des ministres a autorisé Manuel Valls à recourir au 49.3 ce qui signifie que si une motion de censure n’est pas déposée dans les prochaines vingt-quatre heures, la Loi du Travail El Khomri sera officiellement adoptée, tout cela malgré les multiples contestations populaires et l’absence de majorité à l’Assemblée.

– Mise à jour du 10 mai 2016, 15h35 : le député du PS, Christophe Caresche, affirme que « si les députés du PS votent une mention de censure face au 49.3, ils seront exclus du parti ».

–  Mise à jour du 22 juillet 2016 : la Loi El Khomri a officiellement été adoptée.

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Rester debout pour sauver la démocratie ?

Voilà quelques semaines que les journaux ne cessent de parler des « Nuits Debout » qui réunissent plusieurs milliers de personnes chaque soir en Europe. Jugées comme un « mouvement de bobos utopistes » par certains, acclamé par d’autres, il me semble intéressant de se pencher sur ces réunions populaires qui font tant parler les médias dernièrement.

Commençons tout d’abord par définir ce mouvement. Les « Nuits Debout » sont un ensemble de « rassemblements pacifiques, ouverts et populaires [qui] visent à réinvestir l’espace public pour échanger, débattre et construire ensemble ». C’est un mouvement officiel qui a son manifeste et qui organise des réunions quotidiennes sur la place de la République – mais également dans de nombreuses villes françaises et européennes, comme en témoigne ce document listant les villes occupées par Nuit Debout – le tout « en toute légalité », comme le mentionne son site officiel, contrairement à l’idée que transmettent les médias dans leurs comptes-rendus. Ces rassemblements réunissent de plus en plus d’adeptes – « des milliers de personnes » selon les représentants du mouvement – chaque soir, le tout dans le but de « se réapproprie[r] la parole et l’espace public », pour citer leur manifeste, ce qui provoque des conflits avec les autorités qui, entre autre, détruisent les stands mis en place par les militants. Cette organisation est intrinsèquement liée à la « Loi Travail » rédigée par la ministre Myriam El Khomri, puisqu’elle a vu le jour lors des contestations du 31 mars 2016. Son but originel est d’ailleurs de faire fronde face à la « Loi El Khomri », qui est jugée comme un projet issu de « socio-traitres » qui va à l’encontre des idées qu’est censée représenter la gauche. Aujourd’hui, Nuit Debout souhaite plus généralement que « des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde », comme les instigateurs le disent dans le manifeste du mouvement. Sont donc organisés quotidiennement des assemblées générales où les civils présents peuvent débattre sur des sujets divers. Lors de celles-ci, tous les participants sont assis à même les dalles de béton et chacun expose ses idées lorsque la parole lui est donnée. Le tout est supervisé par des animateurs qui notent les sujets abordés et les solutions proposées pour les transmettre au gouvernement. C’est donc une véritable démocratie directe, que vous pouvez suivre en ligne par le biais du site du mouvement, qui s’est construite sur la place de la République.

Si cette initiative populaire ne fait pas l’unanimité, c’est tout d’abord parce qu’elle critique fortement le gouvernement en place, qui est jugé comme faussement de gauche, ce qui n’est pas sans le contrarier. D’autre part, ce qui est fortement critiqué est le fait que la place de la République, qui est devenu le repère symbolique du mouvement, soit prétendument occupée à longueur de journée par une foule en fort état d’ébriété qui dégrade un espace public au nom d’une soit-disant révolution, ce qui est vu comme un non-respect de l’état d’urgence qui interdit les réunions au sein de l’espace public. En somme, les Nuits Debout sont devenues un prétexte pour diffamer la gauche avant les élections présidentielles de 2017 en montrant que le quinquennat de Hollande a engendré de nombreuses « dérives » chez la population. Heureusement, les Nuits Debout reçoivent également des soutiens de personnalités importantes comme Frédéric Lordon, un économiste influant qui a notamment participé au développement de ces réunions, différents journalistes ou encore quelques hommes politiques, dont on ignore si la sympathie vis-à-vis du mouvement est une stratégie pour gagner des électeurs ou bien une réelle intention de changer le monde dans lequel nous vivons actuellement.

Cette initiative, quoi que maladroite, mérite pourtant d’être saluée plus que diabolisée puisqu’elle a été construite par un groupe de français qui souhaitait participer à la vie politique du pays et qui a réussit à créer une réunion citoyenne durable qui attire « une foule toujours plus nombreuse de citoyens-nes concernés-ées, engagés-ées ou tout simplement curieux-ses, des femmes et des hommes de tous âges, de tous milieux sociaux, passent sur les lieux de ces différentes nuits debout, participent aux débats et manifestent leur soutien ». Effectivement, la pétition de soutien du mouvement compte aujourd’hui plusieurs milliers de signatures ce malgré l’acharnement médiatique visant à réduire cette initiative à l’état de « mouvement de bobos utopistes » qui se réunissent pour faire la fête et dégrader des biens publics aux yeux des français. Bien sûr, certains viennent dans ce but mais la majorité des personnes présentes se réunissent dans un but nettement plus noble qui est de s’exprimer sur la situation actuelle.

En effet, pour avoir été aux « Nuits Debout », mes impressions diffèrent nettement de celles qui sont véhiculées par les médias. Quand ils parlent de jeunes bobos, je vois des personnes de tout âge qui débattent sur des sujets qui leur tiennent à coeur. Quand ils parlent de personnes venues pour faire la fête, je vois simplement un rassemblement convivial animé par des discussions autour d’un verre. Quand ils parlent de cohue, je vois simplement un mouvement qui essaye de survivre sans se faire récupérer par des politiciens véreux et avides de popularité. En somme, ce mouvement m’apparaît comme une initiative populaire qui a pour but de construire une démocratie nouvelle où le peuple aura un vrai rôle à jouer. Cette volonté devrait être saluée par les politiciens puisque, « comme aux grandes heures de 1789, c’est le peuple dont la clameur se fait entendre, c’est la détermination du peuple qui commande à l’événement, qui fait s’écrouler les murs et les frontières, c’est le peuple qui trace le chemin par où passera ce siècle finissant, par où s’engageront les temps futurs. Voilà la grande nouvelle. De nouveau, les peuples bougent et quand ils bougent, ils décident », pour citer François Mitterand qui, devant le Parlement européen le 25 octobre 1989, se réjouissait de voir le peuple désireux de participer au développement de l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire unifiée et dirigée par des autorités compétentes. Je vous invite donc à regarder de plus près les événements organisés par le collectif Nuit Debout qui, si il n’est pas réprimé par l’Etat, pourrait bien influencer les prochaines élections présidentielles si ce n’est le futur de la France.

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Et si nous parlions de la loi Bel Khonnerie ?

Le projet de réforme des lois concernant le travail proposé par Myriam El Khomri, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, fait beaucoup parler de lui ces derniers temps. Jugé comme une « transformation en profondeur » du Code du Travail, il est considéré par 70 % des français (d’après un sondage réalisé par BFMTV) comme « une menace pour les droits des salariés » et fait désormais l’objet d’une pétition comptant actuellement plus d’un million de signatures. En réalisant l’ampleur du mouvement « anti El Khomri », qui a engendré de nombreux articles, la création de pages Facebook et même de vidéos diffusées à grande échelle via la plateforme YouTube, j’ai voulu comprendre en quoi consistait réellement la loi El Khomri et quelles seraient ses conséquences sur les droits des travailleurs. Cet article, au titre assez provocateur, constitue le résultat de mes recherches, que j’ai jugé bon de reporter ici afin d’aider ceux qui n’auraient pas compris pourquoi un simple projet de loi a provoqué un tel acharnement médiatique.

Tout d’abord, je tiens à vous dire qu’il est TRÈS compliqué d’avoir accès au projet de loi El Khomri qui, contrairement à ce que je pensais, n’est pas disponible sur le site Internet du ministère du travail. Il est donc nécessaire d’user de notre moteur de recherche préféré pour trouver le texte, qui est proposé – de façon plus ou moins légale – par différents serveurs. Une fois le texte téléchargé reste la partie du travail la plus compliquée qui est la compréhension du texte. En effet, le document de cent-trente et une pages est divisé en deux parties qui sont, premièrement, les lois concernant le travail et, deuxièmement, les réformes proposées par la ministre du travail. Outre le fait que mettre un sommaire n’aurait pas été un luxe, il faut savoir que les propos énoncés dans le projet de loi sont très techniques, ce qui les rends incompréhensibles pour une grande partie des travailleurs. D’ailleurs, fin janvier, 85% des français jugeaient le Code du travail actuel trop complexe, 76% illisible et 63% qu’il constituait un frein à l’emploi, selon les résultats de la 13ème vague de l’EcoScope, le baromètre économique mensuel réalisé par OpinionWay pour Le Figaro et BFM Business. En effet, les formules du type «  Aux articles L. 431-3 et L. 433-1, la référence : « L. 3141-21 » est remplacée par la référence : « L. 3141-22 » ; » me laissent perplexe, comme ça doit être le cas de tous ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des études de droit. Je tenais à signaler cela car il me paraît inadmissible que les lois du travail, qui concernent l’ensemble des citoyens, ne soient pas accessibles à tous.

Revenons-en au contenu des réformes proposées par la ministre Myriam El Khomri. Si elles dérangent, c’est parce qu’elles sont considérées comme une régression des droits salariaux qui, entre nous, sont déjà assez réduits. Effectivement, si la réforme était appliquée, le Code du Travail connaitrait certaines évolutions qui transformeraient la France en une parfaite allégorie du capitalisme. Il serait par exemple possible d’exiger une augmentation – ponctuelle – du temps de travail des salariés, qui pourrait passer de 35h à 60h par semaine, le tout pour une durée de seize semaines, si cet alourdissement est justifié par une volonté d’expansion de l’entreprise. De plus, le temps de travail journalier pourrait passer de 10h à 12h, toujours si cette augmentation est justifiée par un besoin de l’entreprise qui emploie lesdits salariés. A cela s’ajouterait une possibilité de réduire ou bien de fractionner le temps minimal de repos auparavant fixé à 11h par tranche de 24h, ce qui signifie que les employés travaillerait plus mais auraient moins de temps pour récupérer. En somme, si cette loi était adoptée, ceux qui ont un emploi devraient travailler plus tandis que ceux qui en cherchent un verraient les opportunités devenir de plus en plus rares. Ne serait-il pas plus simple de créer de nouveaux emplois au sein des entreprises afin de réduire le taux de chômage plutôt que de surcharger les travailleurs en leur demandant de consacrer leur vie à leur emploi ?

Les plus optimistes diront peut-être qu’il serait possible de refuser cette augmentation des heures de travail si ces dernières étaient incompatibles avec la vie personnelle des employés, mais non. En effet, la réforme souhaite faciliter le licenciement des salariés, qui pourraient se voir renvoyés si leur employeur plaidaient « une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires pendant plusieurs trimestres consécutifs », la « pertes d’exploitation pendant plusieurs mois », une « importante dégradation de la trésorerie », des « mutations technologiques »  ou bien une « réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité ». En somme, si la réforme passait, un licenciement abusif pourrait être justifié par une excuse directement fournie par l’État, qui semble vouloir particulièrement protéger les employeurs. En effet, il suffirait de reprendre l’un des facteurs pouvant entraîner à un licenciement, selon la loi, et ainsi se débarrasser des salariés qui nuisent «  à la sauvegarde de la compétitivité » de l’entreprise. Et si l’envie venait aux employés de faire appel à la justice pour obtenir des réparations suite à un licenciement abusif, il faut savoir que la réforme prévoit une réduction des indemnisations lorsqu’un civil fait appel aux prud’hommes. Pour résumer, soit on obéit aux ordres, soit on se retrouve chez Pôle Emploi sans même espérer obtenir l’aide de la justice.

De plus, se rassurer avec l’idée sarkozyste que travailler plus permettra de gagner plus est utopique puisque la réforme souhaite instaurer un nouveau régime pour les heures supplémentaires qui est que les huit premières supplémentaires devraient être payées au minimum 10% de plus qu’une heure normale – sans accord passé avec son employeur, elles seraient payées 25% de plus – et que, passé le seuil des huit heures, elles devraient être payées 50% de plus. Ce qui est scandaleux avec cette réforme, c’est qu’en l’absence d’accord collectif, les taux légaux actuels continueraient à s’appliquer (soit 25% pour les huit premières heures, 50% au-delà). Néanmoins, un accord d’entreprise pourrait faire qu’une heure supplémentaire, auparavant payée double, ne soit plus majorée que de 10%, ce qui constitue une baisse importante des gains qui pourraient être gagnés par les salariés. A cela s’ajoute le fait que les employeurs pourraient, avec la réforme, demander à leurs salariés de voir leurs salaires réduits pour une durée indéterminée dans un but de « développement de l’emploi ». En cas de refus, le salarié pourrait être licencié.

Personnellement, je pense que cette réforme ne sera pas adoptée. Elle entraîne trop de contestations avant même qu’elle soit officiellement proposée et signerait la fin du gouvernement Hollande, déjà très impopulaire, le tout juste avant les élections présidentielles. Quant à savoir si cette réforme s’inscrit dans les idées de « la gauche », j’affirme que non. Avec ce projet de loi, Myriam El Khomri mêne une politique que je juge plus que capitaliste puisqu’elle vise à favoriser les chefs d’entreprises, qui voient leurs droits augmenter à mesure que ceux de leurs employés se réduisent. Les principes de la gauche traditionnelle s’en trouvent donc bafoués.

Ces différents éléments m’amènent à penser que la proposition de loi El Khomri s’inscrit plus dans une politique sensationnaliste que dans une volonté de modifier le Code du Travail. Pour moi, ce projet finira par être rappelé à l’ordre, ce qui ne saurait tarder. D’ailleurs, pour que les choses bougent plus vite, je vous invite, si cette proposition de loi vous insurge, à signer la pétition dont je vous ai parlé en début d’article, à manifester le 9 et le 31 mars – comme sept syndicats ont appelé à le faire – et à rejoindre le mouvement #OnVautMieuxQueCa qui est une initiative remarquable visant à faire entendre l’ensemble de la population à propos de ses conditions de travail et de ses inquiétudes quant au projet de loi El Khomri.

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Comment se portait la femme pendant la Seconde République espagnole ?

Il y a quelques semaines, ma professeure d’espagnol m’a demandé de préparer un exposé sur le sujet de mon choix. Après seulement quelques secondes de réflexion, j’ai décidé d’étudier le statut des femmes en Espagne pendant la Seconde République, qui est réputée pour être un moment où les femmes étaient très libres ; ce fut une grande joie pour moi que d’avoir la possibilité d’allier un sujet qui me tiens à cœur et mes cours. Mes recherches furent passionnantes et s’articulèrent majoritairement autour de l’ouvrage Marie-Aline Barrachina qui s’intitule Femmes et démocratie : Les Espagnoles dans l’espace public (1868-1978), je remercie d’ailleurs ma professeure d’histoire de m’avoir aidé à trouver des références bibliographiques pertinentes. Au terme de mon travail,  j’ai eu envie de partager ce que j’ai pu apprendre avec vous, une idée qui enthousiasma les lecteurs qui me suivent sur Twitter. Voici donc le résultat de mon labeur, n’hésitez pas à me questionner si certains points de mon explication vous paraissent flous.

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« Aujourd’hui j’ai décidé d’aborder un sujet qui me tiens à cœur, puisqu’il parle de la femme pendant la Seconde République espagnole. Il faut savoir qu’à cette époque, les espagnoles étaient enviées par toute l’Europe, car elles étaient les femmes les plus libres politiquement parlant du continent, contrairement à maintenant où les activistes féministes se battent pour le maintient des droits essentiels de la femme dans le pays.

Avant de parler de la Seconde République, il me paraît important de vous expliquer comment les idées féministes se sont développées en Espagne. En effet, les femmes commencent à prendre conscience de leur condition à la fin du XIXeme siècle, ce qui leur permet d’aboutir à une liberté culturelle relative. Ce n’est pourtant qu’entre 1900 et 1930, que les espagnoles construisent un véritable mouvement féministe et créent des associations telles que la ANME, afin de défendre leurs idéaux.
A partir de cette époque, les féministes ne sont plus un réseau marginal et s’imposent comme une idéologie à part entière. Néanmoins, les membres du mouvement restent l’élite d’une certaine classe politique et sociale, malgré la publication de nombreux ouvrages devenus des classiques de la pensée féministe comme El Pensamiento Femenino, écrit par l’institutrice Benita Asas Manterola en 1913 ou l’augmentation du taux de femmes diplômées, puisqu’il y a 1700 femmes universitaires en 1930, alors qu’il n’y en avait qu’une en 1900.

La proclamation de la Seconde République, le 14 avril 1931, entraîne l’application des idées féministes, qui sont de plus en plus populaires dans l’Espagne de l’époque. En effet, le gouvernement provisoire, constitué dès la République proclamée, essaye de ne pas décevoir les attentes du peuple, même si il se confronter à une urgence sociale. Très rapidement, les dirigeants d’Espagne rédigent une constitution dans laquelle la condition féminine tient une place importante.
Afin que vous compreniez à quelle point la Seconde République espagnole est un moment d’épanouissement pour la femme, je vais diviser mon explication en trois parties assez ciblées : premièrement, je vais aborder les progrès au niveau politique, ensuite, dans une seconde partie, je vais parler de l’avancée dans le cadre familial et, pour terminer, je vais montrer que, malgré toutes ces avancées dans la condition féminine, les femmes restent discriminées.

I. Les progrès au niveau politique

Peu après la proclamation de la Seconde République, la question des droits de l’homme ainsi que ceux de la femme sont abordés. On parle alors de volonté de normalisation constitutionnelle. Plus que le droit de vote, c’est la place de la femme qui est remise en question, ce qui amène à plusieurs décrets pour améliorer la condition féminine, notamment au niveau politique.

La légalisation de l’assurance
Après de long débats sur les droits des travailleurs, le gouvernement prend la décision de donner les mêmes droits à tous. De ce fait, afin de ne pas pénaliser les femmes, le décret du 29 avril 1931 généralise l’assurance maternité, qui permet aux femmes salariées de prendre un congé maternité en étant payées. Peu après, en mai 1931, toutes les travailleuses peuvent également bénéficier de l’assurance vieillesse, ce qui est une véritable révolution permettant d’avoir une retraite.

L’éligibilité des femmes
Dans le même mois, le 8 mai 1931, l’assemblée déclare les femmes éligibles, c’est l’article 4 de la nouvelle Constitution. Cette décision montre la reconnaissance de la valeur des femmes par le gouvernement et est un grand progrès pour la condition féminine. Cette année-là, deux femmes sont élues députés, Margarita Nelken et Victoria Kent.

Le droit de vote
Malgré leur éligibilité, les femmes n’ont toujours pas le droit de vote, ce qui est assez drôle quand on y pense. Cette question provoqua un grand débat au sein des politiques car, à l’époque, on pensait que les femmes manquaient d’esprit critique ou encore de raison, ce qui les empêchaient de prendre de bonnes décisions et de voter, mais pas de faire partie du gouvernement apparemment. Une féministe radicale, Clara Campoamor, a montré l’idiotie de ces affirmations et s’est acharnée à défendre les droits de la femme auprès de l’assemblée, qui vote le suffrage universel le 30 septembre 1931, propulsant l’Espagne parmi les nations les plus modernes d’Europe.

II. Les avancées dans le cadre familial

L’évolution du statut de la femme n’est néanmoins pas que politique. En effet, on remarque également de grandes avancées concernant son statut social ou dans le cadre de sa vie privée.

L’égalité entre les genres
La mise en place de l’article 25 de la Constitution est l’une des premières réformes à influer réellement sur le statut social de la femme. Celui-ci date de 1931 et concerne l’égalité. Il dit précisément que « No podran ser fundamento de privilegio juridico : la naturaleza, la filiacion, el sexo, la clase social, la riqueza, las ideas politicas ni las creencias religiosas. El Estado no reconoce distictiones o titulo nobiliarios ».
Comme le dit l’article, la femme doit désormais être considérée comme l’égal de l’homme, elle doit bénéficier des mêmes droits et avoir autant de chances de réussites, que ce soit au niveau scolaire ou professionnel, ce qui modifie considérablement sa place dans la société. De plus, pour éviter toute discrimination quand à la profession, une loi qui abolit la prostitution est adoptée le 25 juin 1935 car elle juge la prostitution comme « l’esclavage de la femme et de son corps ».
Pour information une loi pour l’égalité des sexes a été instaurée en France, seulement elle date de 2014, ce qui vous montre à quel point l’Espagne de la Seconde République était moderne et en avance sur le reste de l’Europe.

Le mariage civil et les réformes sur la famille
Dans la continuité de la loi pour l’égalité, le gouvernement espagnol vote une loi qui réforme entièrement la famille et les relations de couple, le 2 mars 1932. Il commence par autoriser le mariage civil, suite à la laïcisation du pays, avant de mettre en place des lois plus ciblées. L’article 43 de la Constitution espagnole est l’exemple type de ces réformes, puisqu’il autorise le divorce, empêche la discrimination entre les enfants légitimes ou non et impose des devoirs aux pères. Un homme ayant abandonné sa femme ou l’ayant battu pourra désormais être attaqué en justice, de même s’il refuse de reconnaître ses enfants puisque, comme le dit l’article 43 : « El matrimonio se funda en la igualdad de derechos para ambos sexos »

Le droit à l’avortement
En plus de toutes ces réformes, le gouvernement espagnol s’interroge aussi sur le droit à l’avortement, qui est un sujet tabou pour une bonne partie de l’Europe. Il faut savoir qu’à l’époque, il n’y a que peu de pays qui l’on légalisé dont, pour l’anecdote, l’Union Soviétique qui, en 1919, légalise le droit à l’avortement pour les travailleuses, afin qu’elles n’aient pas à arrêter de travailler. Malgré le peu de pays l’ayant adopté, en 1936, le droit à l’avortement est légalisé dans toute l’Espagne, permettant aux femmes de choisir le moment où elles veulent avoir des enfants. Je tenais à faire remarquer le comique de la situation : l’Espagne a été l’une des premières nations à avoir légalisé l’avortement et aujourd’hui, ce droit fait à nouveau polémique, comme si les femmes n’avaient pas le droit de choisir ce qu’elles font de leur corps. Ce qui ouvre la voie à ma dernière partie :

III. Une inégalité qui persiste

En effet, j’ai beau vous avoir présenté la Seconde République comme un paradis pour la femme, il reste des points négatifs.

Les femmes sont discriminées
Premièrement, les femmes restent discriminées, malgré la loi sur l’égalité. Victoria Kent, qui fut Directrice générale des prisons entre 1931 et 1932, en a fait l’expérience. Dès son affectation à ce poste prestigieux, elle propose énormément de projets, comme la construction de nouveaux bâtiments pour séparer les hommes des femmes et ainsi limiter le nombre de viols. Elle demande également la création d’un corps de fonctionnaires féminin pour s’occuper des prisonnières. Pour finir, elle souhaite humaniser la vie carcérale des détenus en interdisant les châtiments corporels ou encore les cellules d’isolements. Elle créé également des bibliothèques pour que les prisonniers se cultivent.
Vous pouvez donc constater que Victoria Kent était très impliquée dans son travail et allait révolutionner la vie carcérale. Pourtant, aucun de ses projets n’a vu le jour, car Manuel Azana, ancien président de la République, a bloqué ces réformes en qualifiant la femme d’inapte a commandement, ce qui est du sexisme pur. Voyant tous ses ordres annulés par des politiques rétrogrades, Victoria Kent finit par démissionner le 3 juin 1932, en adressant une lettre cinglante au gouvernement.

Les mentalités ont du mal à se modifier
Comme le montre cet exemple, les mentalités ont du mal à se modifier. Malgré les lois votées, les femmes restent considérées comme des êtres inférieurs par des hommes rétrogrades, ce qui est dommage pour une nation si moderne.

Toujours le cas actuellement
Malheureusement, on peut remarquer, si on s’intéresse à l’actualité espagnole, que cette discrimination est toujours présente dans le pays. Outre le débat sur l’avortement, que j’ai déjà abordé précédemment, il reste encore de nombreuses discriminations au travail ou dans la famille. On peut d’ailleurs considérer qu’il y a eu une dégradation des droits de la femme en Espagne, entre la Seconde République et maintenant. »

J’espère sincèrement que mon exposé vous a plu, il n’a pas fait sensation dans ma classe à cause de mon piètre castillan, mais j’ai été félicitée pour mes recherches et la passion que je mettais dans mon propos. Si vous le souhaitez, je vous transmettrai la note que j’ai obtenue lorsque je la connaîtrai. A bientôt pour de nouveaux articles,

Fiona,
ImpensablesPensées

Manifeste d’un blog en devenir

Aujourd’hui c’est tellement simple de se faire entendre. Il y a vingt ans, il fallait passer par la télévision, la radio, les journaux ou bien publier un livre afin de s’exprimer, ce qui requérait un certain parcours, tandis que maintenant, plus besoin d’être expert sur le sujet que vous abordez ou d’avoir un quelconque talent, il suffit d’allumer son ordinateur pour pouvoir donner son avis sur tout et n’importe quoi – comme je suis d’ailleurs en train de le faire – le tout sans que nos diplômes soient pris en compte, ce qui est une opportunité sans précédent qui peut néanmoins engendrer de nombreux problèmes. Effectivement, sur Internet, les sources sont souvent inexistantes – du moins en ce qui concerne les contenus générés par des amateurs – et les avis partiaux, ce qui entraîne une relative désinformation engendrée par une absence de hiérarchie de la parole et une possibilité d’être anonyme. Tous ces éléments permettent le paroxysme de la liberté d’expression avec ses défauts et ses qualités, dont j’ai décidé de profiter en créant le blog que tu es en train de lire. Dessus, je souhaite construire une réflexion à propos de différents sujets qui me tiennent à coeur comme la littérature, la politique, l’art, l’actualité ou encore le développement personnel, le tout avec le plus de justesse possible. J’ai donc pris le parti, pour donner plus de portée à mes propos, d’être transparente en ce qui concerne mon identité mais également mes sources, ce qui permet à ceux qui le souhaitent de vérifier ce que je dis dans mes articles ou bien de me citer sans crainte, le tout en sachant que je ne suis qu’une humble étudiante qui n’a pas toujours la légitimité nécessaire pour aborder les sujets que je choisis de traiter.

Suite à ce long discours, je te souhaite la bienvenue sur mon blog, qui constitue une antre de partage et d’échange, en espérant que tu prendras autant de plaisir à le lire que moi à l’écrire. Si tu souhaites avoir plus d’informations sur ce blog et son auteure, je te donner rendez-vous sur cette présentation générale ou bien dans les commentaires. Bonne lecture !

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